C'était prévu pour 2012, puis le temps a filé, la nouvelle année est là et avec elle son lot de nouvelles envies, de nouveaux paris...

Je prends le risque de me dévoiler aujourd'hui un peu plus...

Je me suis longtemps demandé comment faire ce portrait.

Je ne voulais pas ici aligner une suite de dates.

Deux femmes ont eu la tache de faire le travail à ma place, elles ont joué le jeu avec bonheur et questionnement, avec un peu de trac aussi. Deux amies qui ont merveilleusement réussit ce délicat exercice

Merci

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Enfance

Je me souviens de ses petites architectures aux crayons aquarellables, et quelle boite de crayons si soigneusement rangés!

Mais avant cela; çà me reviens aujourd'hui : Elle avait de la feutrine autocollante dans laquelle nous découpions: Joie et douceur sur les doigts. Liberté d'inventer, d’associer formes et couleurs.

Elle avait toujours de quoi nourrir sa créativité: Pastel sec, fondus de couleur, frottées avec les doigts et le coton! Toujours de la douceur...

Puis se fut le tour des encres , gouttes de couleurs soufflées.Fonds étincelants,Bleus,violine Et par dessus le dessin...

L'or est ensuite venu enrichir ses créations.

Combien de temps avons nous passé à regarder l’or absorber l'encre du dessous. Toutes ses couleurs tournoient comme une petite planète aux mil reflets

Sa chambre était un petit laboratoire où la curiosité pouvait s'épanouir

Je me souviens aussi des alphabets inventés,des lettres nombreuses,richement décorées.

Je me souviens de la "récup"des fils de téléphone laissés de ci de là par les techniciens , qui faisaient notre bonheur de fillettes:Des tresses, des nœuds, bout de liane et bout de ficelles ...

Je me souviens aussi qu'elle gardait précieusement les bouts de papiers d'emballage, de papiers cadeaux,

je me souviens ,

Elle et moi étions enfants,

Christelle Boussard.

Des années plus tard

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Je choisis deux tasses et je les dépose sur la table. Une fin d’après midi, un jour d’automne, calme, sans bruits, l’heure du thé. J’allume quelques bougies, écoute une musique douce et j’attends mon amie, Agnès.

Agnès, une voisine, une femme, une mère, une copine, une artiste, une amie, une épouse, une présence. Pas n’ importe où, ni n’importe comment. Au milieu des immeubles, du quartier, des mille et une fenêtres, au milieu des gens. Une présence, une lampe allumée au -dessus de sa table de travail, une flamme, une douce chevelure rousse de feu, une petite fée au fond du parc.

Deux mains, dix doigts qui par gestes précis, fabriquent, réunissent, donnent à voir. Agnès, un doux mélange, un explosif assemblage.

Agnès, ce serait d’abord, la couleur, les couleurs, toute la palette des teintes, des tons, des demi- tons, toute la palette des nuances, des assemblages, ordonnés, originalité, grains de folie. Comme une partition, un rythme, un thème, une musique qui résonne.

Être à l’écoute, avec profondeur, être là, et à partir de la matière, de la polymère, du papier, du tissu, du bois, de la terre, du fil, de la laine, exprimer, donner, signifier, une émotion, des émotions. Ainsi la colère, l’amertume, la pleine joie, le bonheur, l’originalité, la douceur, la tristesse, prennent forme et matière, en perles, tesselles, nœuds, plaques …

Mettre et donner du sens dans chaque chose, chaque bijou, chaque perle, chaque montage, chaque couleur, chaque symphonie de couleurs et donner à voir au final, un tableau, un bijou, un objet, une pièce unique. Ce collier, éblouissant, qui nous touche, sera une part de mille parcelles de vie, palpitant autour de notre cou. Comme une œuvre d’art, un poème, une musique, une histoire, un conte. Le bijou choisi, coups de cœur, vibre, retentit, à nous de le faire devenir notre, qu’il fasse écho.

Petits bonheurs de porter à ses oreilles des carottes, des radis du marché, des renards tout juste sortis de leur foret, des perles turquoises, orange feu, vert émeraude, vert anis. Petits bonheurs de sentir autour de son cou une plaque posée, jardin de fleurs, nuées de papillons, poissons frétillants, breloques, chips de couleurs vivantes. Petits bonheurs de plonger dans les tesselles d’un tableau, harmonie de bleus, de s’immerger tête la première …

Le thé vert « roses de Damas » est prêt, tout juste infusé, une douce fumée s’échappe du bec de la théière,Agnès est là, un moment ensemble, nos doigts entourent les tasses brûlantes pour se réchauffer, regards, sourires, mots, éternité de l’instant.

Sabine Argentier